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Bénin: ASF Canada lance son rapport sur les violences subies par les femmes journalistes et défenseures des droits humains

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Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) a lancé son rapport sur les violences basées sur le genre à l’égard des femmes défenseures des droits humains et des femmes journalistes au Bénin et au Sénégal ce jeudi 29 octobre 2026. L’étude documente les différentes formes de violences, leurs conséquences sur le travail des femmes concernées et les difficultés qu’elles rencontrent pour les signaler.

La protection des femmes qui prennent la parole, dénoncent les injustices ou rendent compte de sujets sensibles demeure un défi pour les droits humains et la liberté d’expression. C’est le constat qui ressort du lancement du rapport consacré aux violences basées sur le genre (VBG) visant les femmes défenseures des droits humains et les femmes journalistes au Bénin et au Sénégal. À travers cette étude, Avocats sans frontières Canada a documenté une réalité qui dépasse les agressions physiques : intimidations, harcèlement, violences psychologiques, menaces numériques, discriminations et représailles professionnelles.

A l’occasion du lancement du rapport, les représentants d’ASF Canada, de l’ambassade du Canada et des autorités béninoises ont souligné l’importance de mieux comprendre ces violences pour apporter des réponses adaptées. Les différentes interventions ont notamment rappelé que les femmes journalistes et les défenseures des droits humains jouent un rôle essentiel dans la circulation de l’information, la dénonciation des abus et la promotion de l’égalité, mais que leur engagement peut aussi les exposer à des risques particuliers.

Pour Mohamed Fadiga, représentant d’Avocats sans frontières Canada, la publication de ce rapport doit contribuer à faire évoluer les réponses apportées à ces situations. Les femmes qui travaillent dans les médias ou dans la défense des droits humains participent, selon lui, à la documentation des violations et à la dénonciation des injustices. Pourtant, les menaces et les intimidations auxquelles elles sont confrontées peuvent limiter leur capacité à exercer librement leurs activités et à participer à la vie publique.

Le représentant d’ASF Canada a ainsi insisté sur la nécessité de ne pas considérer la publication du document comme une fin en soi. Le rapport doit, au contraire, servir de point de départ à des actions concrètes, afin que les constats dressés ne restent pas au stade du diagnostic. Il a également exprimé sa reconnaissance à Affaires mondiales Canada pour son soutien au projet RECIT, dans le cadre duquel cette étude a été réalisée.

Le Canada réaffirme son engagement en faveur des droits humains

La question de la protection des femmes journalistes et des défenseures des droits humains s’inscrit également dans les engagements de coopération internationale en faveur des libertés fondamentales. Présent à la cérémonie, Marc Leblanc, représentant de l’ambassade du Canada au Bénin, a rappelé la position de son pays sur la défense des droits humains et le rôle des organisations qui œuvrent à leur promotion.

Dans son intervention, le représentant diplomatique a souligné que les organisations de défense des droits humains contribuent à la consolidation des sociétés démocratiques. Leur travail consiste notamment à attirer l’attention sur les violations, à défendre les personnes dont les droits sont menacés et à promouvoir le respect des libertés fondamentales. La sécurité des femmes qui s’engagent dans ces activités constitue, dans cette perspective, un enjeu qui appelle une mobilisation durable.

Marc Leblanc a réaffirmé l’engagement du Canada à demeurer un partenaire dans la lutte contre les violences basées sur le genre visant les femmes défenseures des droits humains et les femmes journalistes. Cette position rejoint l’objectif du rapport : mieux documenter les obstacles auxquels ces femmes font face et encourager les acteurs concernés à renforcer les dispositifs de protection.

Au-delà des engagements annoncés, les données présentées dans le document donnent une mesure de l’ampleur du problème parmi les personnes interrogées. Au Bénin, 55 % des répondantes ont déclaré avoir subi des violences basées sur le genre, contre 61 % au Sénégal. Ces proportions concernent les participantes à l’étude et ne constituent pas une estimation de la prévalence nationale. Le rapport repose en effet sur un échantillonnage non probabiliste ; ses résultats permettent donc de documenter les expériences recueillies, sans prétendre représenter l’ensemble des femmes journalistes et défenseures des droits humains des deux pays.

Des violences aux conséquences professionnelles et personnelles

Les chiffres ne résument toutefois pas à eux seuls la portée des violences décrites dans le rapport. Les témoignages recueillis montrent que celles-ci peuvent affecter la santé physique et psychologique des victimes, fragiliser leurs relations sociales et compromettre leur parcours professionnel. Certaines participantes évoquent des pressions exercées dans leur environnement de travail, tandis que d’autres rapportent des menaces ou des attaques liées aux sujets qu’elles traitent ou aux causes qu’elles défendent.

Les formes de violence documentées sont multiples : violences verbales et psychologiques, agressions physiques, harcèlement sexuel, discriminations fondées sur le genre, intimidations et attaques en ligne. Ces actes peuvent être commis dans les espaces professionnels, mais également se prolonger dans la vie privée, au sein de la famille ou sur les réseaux sociaux. Les participantes décrivent notamment des attaques qui visent leur réputation, leur vie affective ou leurs proches pour les dissuader de poursuivre leur engagement.

La conseillère technique chargée de la promotion de l’enfant, de la femme et de la famille, Joséphine Fatondji, a replacé ces expériences dans le rôle social joué par les femmes concernées. Les journalistes et les défenseures des droits humains informent, alertent, donnent la parole aux personnes vulnérables et contribuent à la promotion des droits et de l’égalité. Mais cette contribution peut se payer au prix fort, sur les plans humain, professionnel, psychologique et social.

Au cours de son intervention, elle a notamment mis en évidence le fait que les violences ne s’arrêtent pas aux lieux de travail. Elles peuvent s’étendre aux familles et aux espaces numériques, où les femmes sont exposées à des attaques qui affectent leur vie personnelle autant que leur activité professionnelle. Cette réalité peut conduire certaines d’entre elles à renoncer à des sujets, à réduire leurs prises de parole ou à abandonner certaines responsabilités.

Les résultats de l’étude donnent un aperçu de ces conséquences. Au Bénin, 38 % des victimes interrogées ont déclaré avoir développé des comportements d’autocensure à la suite des violences et des discriminations subies. Le rapport fait également état d’un changement de profession chez 6 % des victimes interrogées dans le pays. Ces données mettent en évidence un risque qui dépasse la situation individuelle : lorsque des femmes renoncent à traiter certains sujets ou à poursuivre leur engagement, c’est aussi la diversité des voix dans le débat public qui peut en pâtir.

Le faible recours aux mécanismes de signalement

La dénonciation des violences constitue un autre défi relevé par le rapport. Bien que des mécanismes institutionnels existent, les répondantes déclarent peu souvent y avoir recours. Au Bénin, parmi les femmes interrogées ayant déclaré avoir subi des violences basées sur le genre, 14 % ont indiqué avoir saisi au moins une fois la police ou le parquet pour des faits allégués. Au Sénégal, cette proportion est de 6 % parmi les répondantes concernées.

Le recours aux institutions nationales de défense des droits humains reste lui aussi limité. Au Bénin, 13 % des répondantes ont déclaré avoir sollicité la Commission béninoise des droits de l’homme ou l’Institut national de la femme dans le cadre de violences subies. Le rapport souligne par ailleurs que, lors des groupes de discussion, une majorité de participantes ont indiqué ne pas savoir qu’elles pouvaient saisir la Commission béninoise des droits de l’homme en cas de violences basées sur le genre.

Ces faibles taux de recours interrogent l’accessibilité des mécanismes de signalement, mais aussi la confiance des victimes et les conditions dans lesquelles elles peuvent parler sans craindre de représailles. La peur de perdre son emploi, de subir de nouvelles pressions ou de voir sa vie privée exposée peut constituer un frein à la dénonciation. À ces obstacles s’ajoutent la stigmatisation et la difficulté de révéler certaines violences, notamment lorsqu’elles sont de nature sexuelle.

La prise en charge après les faits reste également limitée parmi les répondantes. Selon le rapport, 6 % des femmes interrogées au Bénin ont déclaré avoir consulté des professionnels de santé à la suite des violences subies, contre 5 % au Sénégal. Le recours à un accompagnement psychologique est plus élevé, mais demeure minoritaire : 19 % au Bénin et 11 % au Sénégal. Ces résultats soulignent l’importance de rendre les services d’accompagnement plus accessibles et de mieux faire connaître les possibilités de recours.

Les autorités béninoises appelées à renforcer la protection

La cérémonie a également donné la parole aux représentants des pouvoirs publics béninois. Joséphine Fatondji a rappelé la contribution des femmes journalistes et des défenseures des droits humains à la promotion des droits, à l’égalité et à la protection des personnes vulnérables. Elle a souligné les conséquences des violences sur leur engagement, notamment les pressions sociales, le stress émotionnel, la perte d’opportunités professionnelles et l’autocensure.

La représentante du ministère chargé de la famille a également évoqué les efforts institutionnels engagés par le gouvernement béninois en faveur des droits des femmes. La persistance des violences documentées dans le rapport rappelle toutefois que les dispositifs existants doivent pouvoir répondre concrètement aux situations vécues par les femmes dans les médias et les organisations de défense des droits humains.

Représentant le ministre de la Justice et de la Législation, Inès Hadenon, directrice des droits humains, a pour sa part salué le travail d’ASF Canada et de ses partenaires, ainsi que le soutien d’Affaires mondiales Canada. Elle a également rendu hommage aux femmes qui ont accepté de partager leurs expériences, parfois douloureuses, pour contribuer à la documentation des violences.

Son intervention a posé une question centrale : comment les femmes qui contribuent à la défense des droits, à l’information des citoyens et au fonctionnement de la démocratie peuvent-elles accomplir leur mission dans des conditions de liberté, de dignité et de sécurité ? La directrice des droits humains a rappelé que leur travail permet de révéler les injustices, de dénoncer les discriminations, d’informer les citoyens et de promouvoir l’égalité. Mais cet engagement les expose aussi aux menaces, aux intimidations, aux représailles et aux violences basées sur le genre dans les espaces publics.

La présence des autorités à cette cérémonie a ainsi permis de rappeler la responsabilité des institutions dans la prévention des violences, la protection des victimes et l’accès à la justice. Pour les participantes concernées, l’enjeu ne se limite pas à l’existence de textes ou de mécanismes : il réside aussi dans leur capacité à les mobiliser sans être exposées à de nouvelles pressions.

Des recommandations pour passer du constat à l’action

À l’issue de son analyse comparative, le rapport formule plusieurs recommandations à l’endroit des États, des médias, des organisations de la société civile et des partenaires concernés. Il préconise notamment de rendre plus effectifs les dispositifs juridiques et institutionnels de protection, de faciliter l’accès à la justice et de mettre en place des mécanismes de signalement sûrs, accessibles, indépendants et confidentiels.

Les médias et les organisations de défense des droits humains sont également invités à se doter de politiques internes de prévention et de lutte contre le harcèlement. Au Bénin, seules 40 % des associations concernées par l’étude disposent, selon les données recueillies, d’une politique de prévention et de lutte contre le harcèlement. Au Sénégal, cette proportion est de 30 %. Le rapport appelle donc à renforcer les procédures internes et les dispositifs de sécurité, afin que les victimes puissent signaler les faits et obtenir un accompagnement adapté.

Les recommandations portent aussi sur la sécurité physique et numérique, ainsi que sur l’accès à une assistance juridique, psychosociale, médicale, économique et sécuritaire. L’objectif est de mieux répondre aux besoins des femmes victimes, tout en évitant que la dénonciation des violences ne les expose à davantage de risques.

Le lancement du rapport ouvre ainsi une nouvelle étape, celle de la mise en œuvre des recommandations. Car permettre aux femmes de documenter les violations, de traiter librement les sujets sensibles et de défendre les droits humains suppose aussi de garantir qu’elles puissent le faire sans subir de violences, de menaces ou de représailles.

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