Non, le vaccin contre le Virus du Papillome Humain (HPV) ne rend pas les filles stériles
Lors du lancement de la campagne nationale de vaccination au Bénin en décembre 2025, des rumeurs infondées ont circulé sur Facebook, poussant des parents à interdire à leurs filles d’être vaccinées contre le Virus du Papillome Humain (HPV).
Le 25 novembre 2025, le ministre béninois de la Santé, le Professeur Benjamin I. B. Hounkpatin, publie un communiqué officiel annonçant une campagne nationale de vaccination contre le Virus du Papillome Humain (HPV), du 1er au 7 décembre 2025. Cette campagne cible toutes les filles de 9 à 14 ans, avec une vaccination gratuite dans les écoles primaires, secondaires et les lieux publics.
Le vaccin HPV protège contre le cancer du col de l’utérus, deuxième cause de mortalité par cancer chez les femmes béninoises, avec 701 nouveaux cas et 475 décès en 2022 selon l’OMS. Cette campagne est soutenue par l’UNICEF, l’OMS et Gavi.
Dès l’annonce, plusieurs publications Facebook génèrent des centaines de commentaires mélant informations exactes et affirmations fausses. Parmi ces affirmations, une domine : le vaccin HPV rendrait les filles stériles, dans le cadre d’un prétendu complot occidental contre la population africaine.
Les publications concernées et leur viralité
Trois fils de commentaires Facebook, datés de décembre 2025, documentent la circulation de ces rumeurs au Bénin. L’une des publications qui ont attiré l’attention de TRIOMPHE MAG a eu plus de 600 réactions. Les commentaires les plus révélateurs sont reproduits ci-dessous, tels qu’ils apparaissent dans les captures d’écran effectuées.
| Blaise Gracial | Il y a un audio qui circule pour dire que c’est le moyen que les impérialistes ont trouvé pour ralentir la croissance de la population en Afrique. Genre la dose rendrait stérile les enfants qui se font vacciner. |
| Alphonse Donhou | Des manœuvres occidentales avec pour but ultime : la réduction drastique, voire la suppression de capacités de conception des femmes en Afrique. Ce sujet est débattu quotidiennement dans les firmes pharmaceutiques occidentales. |
| Martial Dossa | Les gens sont venus vacciner les enfants dans mon école hier. Faut voir certains parents crier que c’est pour empêcher les enfants d’avoir des enfants plus tard. J’étais dépassé. |
| Dorcas Djossou (enseignante) | Ah plusieurs parents ont interdit à mes apprenantes de se faire vacciner ooh. |
| Juana Kad | Ko ils ont amené ça pour tuer les noires encore. |
| Wilfrid Adeogoun | Col de l’utérus, d’où sortez-vous ça encore. En tous cas mon enfant n’y participera pas à ce jeu flou. La gratuité tue. |
Vérification des affirmations
Affirmation n°1 : Le vaccin HPV rend les filles stériles
| Affirmation 1 : « La dose rendrait stérile les enfants qui se font vacciner. » — Blaise GracialVerdict : FAUX — Aucune étude scientifique sérieuse ne confirme ce lien. C’est l’inverse : c’est le virus HPV lui-même qui menace la fertilité |
En novembre 2025, l’Institut Cochrane a publié une analyse croisant les données de 225 études portant sur 132 millions de personnes vaccinées. Conclusion : aucun impact négatif du vaccin HPV sur la fertilité n’a été identifié. Une étude américaine portant sur 1 100 femmes et une étude arménienne portant sur 98 femmes vaccinées arrivent toutes deux à la même conclusion.
C’est au contraire le virus HPV lui-même qui représente une menace pour la fertilité : les cancers qu’il provoque nécessitent des traitements chirurgicaux ou radiothérapiques qui peuvent affecter la capacité reproductive. Prévenir l’infection, c’est donc protéger la fertilité.
Affirmation n°2 : C’est un complot occidental pour réduire la population africaine
| Affirmation 2 : « Des manœuvres occidentales avec pour but ultime la réduction drastique des capacités de conception des femmes en Afrique. » — Alphonse DonhouVerdict : NON ÉTAYÉ — Affirmation sans aucune source, sans preuves, présentée comme un fait établi |
Cette affirmation ne s’appuie sur aucune source citable. L’auteur prétend que le sujet « est débattu quotidiennement dans les firmes pharmaceutiques occidentales » sans produire le moindre document, témoignage ou étude. C’est une affirmation infalsifiable par construction, ce qui est un signal typique des théories complotistes.
En réalité, selon l’OMS le vaccin HPV est utilisé dans plus de 130 pays, y compris en Europe, aux États-Unis, en Australie et en Amérique latine. Si son but était de réduire la population africaine, comment expliquer qu’il soit administré à des millions de filles dans des pays non africains ?
Affirmation n°3 : La gratuité est suspecte, « la gratuité tue »
| Affirmation 3 : « La gratuité tue. » — Wilfrid AdeogounVerdict : FAUX — La gratuité du vaccin est financiée par des organisations internationales de santé publique reconnues, dans le cadre d’un programme mondial |
La vaccination HPV gratuite au Bénin est financée par Gavi, l’Alliance du vaccin, une organisation internationale qui finance la vaccination dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Le même programme finance des vaccinations gratuites contre la polio, la rougeole ou la méningite des vaccins que personne ne remet en cause.
La gratuité d’un vaccin résulte d’un financement par la santé publique internationale, non d’une intention malveillante. C’est un raisonnement fallacieux de la transformer en preuve de complot.
Affirmation n°4 : Le HPV ne concerne pas les filles de 9 à 14 ans car elles ne sont pas actives sexuellement
| Affirmation 4 : « Le virus HPV se transmet par voie sexuelle. Les filles de cette tranche d’âge sont-elles sexuellement actives ? » — André Yaovi AsseVerdict : FAUX — Vacciner avant l’exposition au virus est précisément l’objectif médical du vaccin. C’est une stratégie préventive standard |
La logique médicale de la vaccination HPV repose exactement sur ce principe : vacciner avant toute exposition au virus pour garantir une protection optimale. C’est le même raisonnement que pour le vaccin contre l’hépatite B, administré dès la naissance alors qu’un nourrisson n’est pas exposé aux modes de transmission adultes.
Comme l’a déclaré le Professeur Hounkpatin lors du lancement : « Vacciner tôt, c’est assurer une protection durable avant toute exposition au virus. » L’OMS recommande explicitement la tranche 9-14 ans comme cible prioritaire pour cette raison.
4. L’impact réel des rumeurs sur le terrain
Au-delà des commentaires en ligne, les captures d’écran documentent un impact concret sur la campagne de vaccination.
Des parents ont refusé de faire vacciner leurs filles : l’enseignante Dorcas Djossou témoigne que « plusieurs parents ont interdit à mes apprenantes de se faire vacciner ». Ce n’est pas une opinion — c’est un constat de terrain.
Un audio circulait parallèlement : le commentaire de Blaise Gracial mentionne explicitement « un audio qui circule » avec le message de stérilité. La désinformation ne se limitait donc pas aux réseaux sociaux — elle circulait aussi sur WhatsApp sous forme audio, à un public non lettrant.
Même les enseignants concernés : Rico Donamon signale que « mêmes les enseignants qui devraient sensibiliser sont aussi septiques » — ce qui montre que les rumeurs ont pénétré jusqu’aux relais institutionnels de santé publique.
Les femmes en première ligne : les rumeurs ciblent spécifiquement les mères et les filles. C’est sur les femmes que repose la décision de vaccination dans les familles — et c’est elles qui subissent les conséquences sanitaires d’un refus vaccinal (cancer du col de l’utérus).
Ce que dit la science
Pour compléter la vérification, voici les données scientifiques établies sur le vaccin HPV :
| Question | Réponse scientifique |
| Cause de stérilité ? | Non. 225 études, 132 millions de personnes vaccinées : aucun impact sur la fertilité (Institut Cochrane, nov. 2025) |
| Sûr ? | Oui. Approuvé depuis plus de 15 ans, administré dans 130+ pays |
| Efficace ? | Oui. Réduction de 88% des infections HPV chez les jeunes filles vaccinées |
| Pourquoi 9-14 ans ? | Pour vacciner avant toute exposition au virus — recommandation OMS explicite |
| Gratuit = suspect ? | Non. Financé par Gavi, comme des dizaines d’autres vaccins dans les pays en développement |
Verdict
| FAUX | Les affirmations selon lesquelles le vaccin HPV rendrait les filles stériles et s’inscrirait dans un complot occidental de réduction de la population africaine sont scientifiquement infondées et n’ont aucune base probante. Elles ont pourtant eu un impact réel au Bénin : des parents ont interdit à leurs filles d’être vaccinées, et un audio circulait sur WhatsApp. En privant des filles d’un vaccin protégeant contre le cancer du col de l’utérus deuxième cause de mortalité féminine par cancer au Bénin ces rumeurs constituent une menace directe pour la santé des femmes. |

