CEMAC : les impayés des microfinances atteignent 236,8 milliards FCFA en 2025
Les établissements de microfinance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) font face à une forte dégradation de la qualité de leurs portefeuilles de crédits. Selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), les créances en souffrance ont atteint 236,8 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, soit une hausse de 33,2 % en un an et 20,5 % de l’encours total des prêts.
La progression des impayés dans la sous-région met en lumière les difficultés croissantes de remboursement auxquelles sont confrontées les institutions de microfinance. En cinq ans, le montant des créances en souffrance a presque doublé, passant de 122,6 milliards de FCFA en 2020 à 236,8 milliards en 2025.
L’année écoulée marque une accélération de cette dégradation. Les créances en difficulté ont augmenté de 59 milliards de FCFA en 2025, contre environ 14 milliards en 2024. Cette évolution intervient alors même que l’activité de crédit continue de progresser dans les six pays de la CEMAC.
L’encours brut des crédits distribués par les établissements de microfinance s’est ainsi établi à 1 157,9 milliards de FCFA à fin décembre 2025, contre 1 039,4 milliards un an auparavant, soit une hausse de 11,4 %. La progression des créances en souffrance, trois fois plus rapide que celle des crédits, souligne l’ampleur des risques auxquels le secteur est exposé
Les créances douteuses pèsent sur les établissements
Dans le détail, les crédits impayés ont enregistré la progression la plus forte. Selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), relayé par Sika Finance, leur montant est passé de 38,8 milliards de FCFA en 2024 à 62,1 milliards en 2025, soit une augmentation de 59,8 %. Les créances douteuses, qui constituent la principale composante des crédits en difficulté, ont également progressé de 27,9 %, pour atteindre 166,9 milliards de FCFA, contre 130,5 milliards un an plus tôt.
À fin 2025, les créances douteuses représentaient 70,5 % de l’ensemble des créances en souffrance. Dans le même temps, les créances immobilisées ont légèrement reculé, passant de 8,4 à 7,8 milliards de FCFA.
Face à cette situation, les établissements ont renforcé leurs provisions destinées à couvrir les pertes potentielles liées aux prêts difficiles à recouvrer. Celles-ci ont atteint 104,2 milliards de FCFA en 2025, contre 82,2 milliards en 2024, soit une progression de 26,8 %.
Toutefois, ce renforcement ne suffit pas à compenser l’aggravation des risques. Après déduction des provisions, les créances en difficulté s’élèvent encore à 132,6 milliards de FCFA, contre 95,6 milliards un an auparavant, soit une hausse de 38,7 %.
Une pression croissante sur la solidité financière
Les indicateurs de qualité du portefeuille confirment cette tendance préoccupante. Le taux net de dégradation est passé de 9,2 % en 2024 à 11,4 % en 2025. Parallèlement, le taux de provisionnement des créances douteuses a reculé de 63 % à 62 %, ce qui traduit un décalage entre la progression des risques et la couverture constituée par les établissements.
Cette évolution pose un défi aux institutions de microfinance, dont le rôle est important dans l’accès aux services financiers pour les ménages et les petites entreprises qui rencontrent des difficultés à obtenir des financements bancaires classiques.
L’aggravation des impayés pourrait ainsi peser sur leur capacité à maintenir une offre de crédit durable, tandis que l’augmentation des provisions risque de réduire leurs marges financières. La situation appelle donc une vigilance accrue sur la gestion des risques et le suivi des remboursements.
Les chiffres publiés par la COBAC dressent le constat d’un secteur dont les crédits continuent de croître, mais dont les difficultés de recouvrement progressent beaucoup plus rapidement. Pour les établissements de microfinance de la CEMAC, l’enjeu est désormais de maîtriser les risques liés aux prêts tout en préservant leur capacité à financer les activités économiques.

