Bénin : ce qui va désormais changer dans les communes avec les six pôles de développement territorial
Le gouvernement béninois entend accélérer le développement économique des territoires à travers la mise en place de six pôles de développement territorial. Présentée par le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, lors d’un entretien sur Bénin TV comme une réforme à vocation économique et non administrative, cette initiative vise à valoriser les potentialités locales, favoriser la création d’emplois et rapprocher les opportunités économiques des populations.
Comment faire en sorte que les retombées du développement profitent davantage aux populations, quelle que soit leur commune de résidence ? C’est l’objectif affiché par le gouvernement béninois à travers l’opérationnalisation des six pôles de développement territorial. Le dispositif entend favoriser l’émergence d’activités économiques au plus près des populations, en s’appuyant sur les ressources et les atouts des différentes communes.
Interrogé sur cette initiative à l’occasion d’un entretien consacré à l’actualité gouvernementale, Wilfried Léandre Houngbédji a tenu à clarifier la nature de la réforme. Contrairement à certaines interprétations, il ne s’agit ni d’une nouvelle organisation administrative ni d’un échelon supplémentaire de décentralisation. « C’est davantage une réforme économique plutôt qu’une réforme administrative », a-t-il précisé.
Le porte-parole du gouvernement a notamment souligné que le dispositif ne modifie ni le nombre de communes, ni celui des maires ou des préfets. Il a également expliqué que les six pôles peuvent regrouper des communes appartenant à plusieurs départements, ce qui traduit, selon lui, une volonté de dépasser les limites administratives pour construire des projets économiques à l’échelle des territoires.
Des potentialités locales à transformer en emplois
L’un des objectifs majeurs de cette réforme est de mieux exploiter les ressources disponibles dans les communes afin d’y développer des activités créatrices de richesse. Pour le gouvernement, les territoires doivent pouvoir attirer des entreprises, accueillir de nouvelles unités industrielles et proposer davantage d’opportunités aux jeunes.
« Donc, en décidant de mettre en place les pôles de développement territorial, il veut que le développement se concrétise encore plus dans les communes, dans les territoires, pour que les jeunes, les populations béninoises qui vivent sur ces territoires n’aient pas besoin de s’exiler, d’aller dans les grandes villes avant d’espérer obtenir satisfaction à la recherche d’un emploi ou bien aux services sociaux de base », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji.
Le mécanisme envisagé repose sur la complémentarité entre les communes. Plutôt que de développer chaque territoire isolément, les acteurs locaux devront identifier les ressources susceptibles d’être valorisées à une échelle plus large. Une potentialité agricole, industrielle ou commerciale pourrait ainsi servir de base à un projet bénéficiant à plusieurs communes d’un même pôle.
Le porte-parole a illustré cette approche en évoquant la possibilité de créer une industrie dans une commune ou de mettre en commun les atouts de plusieurs territoires pour développer une structure économique dont les retombées profiteraient à l’ensemble des collectivités concernées. L’ambition est de faire émerger des activités capables de générer des emplois et d’améliorer les conditions de vie des habitants.
Quel rôle pour les délégués généraux ?
La mise en œuvre de cette politique repose notamment sur la désignation de délégués généraux chargés de conduire les actions au niveau de chaque pôle. Leur arrivée soulève toutefois des interrogations sur leur positionnement par rapport aux autorités locales et aux responsables administratifs déjà en fonction.
Sur ce point, Wilfried Léandre Houngbédji a insisté sur l’absence de lien hiérarchique entre les futurs délégués généraux, les maires et les préfets. Selon lui, les prérogatives des autorités existantes restent inchangées. Les nouveaux responsables devront plutôt faciliter la coordination entre les acteurs et contribuer à faire émerger des projets économiques structurants.
« Il sera davantage ce facilitateur, ce chef d’orchestre, autour des maires, autour des maires du pôle, et du préfet ou des préfets concernés, il sera ce facilitateur, ce chef d’orchestre, qui fera que nous mettrons en musique toutes les potentialités pour que le développement advienne, encore une fois, au plus près de la population », a-t-il expliqué.
Concrètement, le processus doit permettre d’identifier les priorités de chaque territoire, de recenser ses atouts et de déterminer les projets susceptibles de produire des retombées économiques. Les maires seront appelés à présenter les potentialités de leurs communes et à échanger avec les responsables des pôles ainsi qu’avec leurs homologues.
Pour le gouvernement, la réussite de cette organisation dépendra donc de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble. Les pôles ne sont pas présentés comme un remplacement des communes, mais comme un cadre de coordination destiné à amplifier les initiatives de développement.
Une réforme qui s’inscrit dans la continuité de la décentralisation
Pour justifier cette nouvelle approche, le porte-parole du gouvernement est également revenu sur les limites observées au cours des premières années de la décentralisation. Il a estimé que les résultats des deux premières décennies avaient été « fortement mitigés », avant d’évoquer les évolutions intervenues avec la réforme structurelle du secteur.
Selon lui, cette réforme a notamment permis d’améliorer la mobilisation des ressources propres dans plusieurs communes et de renforcer leurs capacités techniques grâce à la mise à disposition de personnels qualifiés. Il a également cité le Fonds d’investissement communal (FIC) parmi les instruments destinés à accompagner les collectivités.
Malgré ces avancées revendiquées, le gouvernement considère que les communes restent confrontées à des limites dans leur capacité à mobiliser les ressources nécessaires à certains investissements. Wilfried Léandre Houngbédji a rappelé que l’État avait parfois dû intervenir directement dans des domaines relevant des besoins locaux, notamment l’accès à l’eau potable et l’assainissement des villes.
Les pôles de développement territorial sont ainsi présentés comme un moyen supplémentaire de soutenir la dynamique engagée. Ils doivent contribuer à faire émerger des activités économiques capables de renforcer l’attractivité des territoires, tout en permettant aux communes de tirer davantage profit de leurs ressources.
Un calendrier progressif et des résultats attendus
L’opérationnalisation des six pôles doit passer par plusieurs étapes, notamment la désignation des délégués généraux, les concertations avec les acteurs locaux et l’identification des priorités économiques. Wilfried Léandre Houngbédji a indiqué que le calendrier avait été organisé en plusieurs phases, avec une mise en place progressive et des actions attendues au cours de l’année 2027.
« Une fois qu’ils seront mis en place, les préalables vont être faits, les concertations, les discussions. Et puis d’ici un an donc, on peut considérer que les pôles ont effectivement démarré », a-t-il déclaré.
Le porte-parole a également indiqué que de nombreuses candidatures avaient déjà été déposées pour les fonctions de délégués généraux, sans fournir de chiffres détaillés ni de critères précis de sélection. Il a toutefois insisté sur la volonté du chef de l’État Romuald Wadagni de confier ces responsabilités à des personnes engagées dans la réalisation des objectifs de développement.
Au-delà du calendrier, la principale interrogation concerne les résultats concrets de cette réforme. La création d’emplois, l’implantation d’entreprises, l’amélioration du cadre de vie et la réduction des disparités entre les territoires constituent les ambitions mises en avant par le gouvernement. Leur réalisation dépendra cependant des projets effectivement retenus, des ressources mobilisées et de la capacité des acteurs à coordonner leurs interventions.
En définitive, les six pôles de développement territorial ouvrent une nouvelle étape dans la stratégie de développement local défendue par l’exécutif. Reste à voir comment cette organisation se traduira sur le terrain et dans quelle mesure elle permettra aux populations des différentes communes de bénéficier d’opportunités économiques plus proches de leurs lieux de vie.

